Depuis 2009, c’est presque imperceptiblement qu’est conduite l’une des plus importantes réformes du vignoble français. Revue de détail, par Philippe Maurange et Alexis Goujard.
Depuis le 1er août 2009, étape finale de la réforme du secteur viti-vinicole de l’Union européenne, la dénomination française Vin de pays (VDP) a disparu pour être remplacée par la dénomination Indication géographique protégée (IGP)… L’idée est née d’une volonté européenne d’harmoniser les nombreuses réglementations en vigueur en les regroupant sous un label qui existait déjà pour les produits agro-alimentaires.
Plus de libertés: Cette réforme apporte plusieurs changements: choix de cépages plus larges, élaboration des vins hors de la région d’origine autorisée, possibilité d’ajouter jusqu’à 15% de raisins provenant d’une autre zone, millésime et cépages différents de ceux figurant sur l’étiquette… Mais au moins 85% des raisins doivent être récoltés dans la même année pour bénéficier de la mention du millésime. La proportion est la même pour jouir de la mention du cépage. A noter également, l’autorisation des copeaux et une tolérance d’un plus haut niveau de sucres résiduels dans les vins.
Cette réforme offre aussi plus de libertés en ce qui concerne l’étiquetage. Désormais avec la nouvelle mention IGP, il sera possible d’indiquer sur son étiquette beaucoup pus d’informations, la plus important étant l’indication du cépage! Enfin, ces IGP, comme les anciens vins de pays, peuvent provenir d’une région (IGP d’Oc), d’un département (IGP de l’Hérault) ou d’une zone plus localisée (IGP des Alpilles).
Reste aux consommateurs à faire preuve d’une grande sagacité pour distinguer dans les rayons les étiquettes presque identiques d’un vin d’IGP et d’un vin de France ( équivalent des anciens VDQS). Bonne chance à eux!
Pour mieux cerner les réelles incidences de ces nouvelles règles dans l’élaboration des vins, nous avons donc décidé d’organiser une vaste dégustation de VDP et IGP français. Pas moins de 275 vins de tous les vignobles français ont été dégustés dans les millésimes 2008 ( avant la mise en place de la réforme) et 2009 ( premier millésime après la réforme).
Des vins passionnants: Dans cette masse de vins, nous avons décelé un grand nombre de cuvées marquées par des styles très internationaux: chardonnays richement boisés, lourds et confiturés, syrahs et merlots richement colorés, aromatisés aux copeaux, qui ne se sont distingués que par un excès de puissance en alcool. Mais en face de ces vins sans intérêt, une élite se dégage avec des cuvées de grands race. Dans le Languedoc-Roussillon, Olivier Jullien et Gérard Gauby produisent des vins singuliers en raison du choix des cépages locaux et des terroirs. En Provence, dans les Alpilles, avec le domaine de Trévallon (qui change pour la sixième fois d’appellation depuis sa création dans les années 70…). Une dégustation passionnante qui a fait ressortir la large diversité de ces mentions régionales, de ces niches si éloignées des célèbres appellations et qui méritent l’intérêt des amateurs de belles bouteilles originales!
SOURCE: Auteurs: Philippe Maurange & Alexis Goujard, Revue des vins de France, octobre 2011